Emovere

Rédaction initiale de Emovere le 02 Avril 2016

Toujours lorsque tombe la nuit, mon cœur s’emballe. Après tout, elle est la meilleure amie qu’il soit lorsqu’il s’agit de philosopher et de réfléchir incessamment pour tenter de trouver des réponses qui n’arriveront jamais, parce que sachant pertinemment qu’aucune vérité n’est absolue, sauf celle que l’on fait sienne. Quelle douloureuse bénédiction que d’être insomniaque !

Tel un vampire, mes pleins pouvoirs de réflexion (et sans aucun doute physiques, la lumière me donnant constamment l’impression de puiser dans mes forces vitales) se réveillent sitôt que le soleil fait disparaître ses derniers rayons vers l’Ouest lointain.

Et sans arrêt, je me questionne.

Après un certain temps passé à essayer de changer le monde, ou à défaut le mien, je me suis résigné à vivre avec la certitude que le monde tel que je le connais ne changera jamais, et que je ne changerai jamais moi non plus. Les choses resteront à jamais figées dans une configuration qui ne sera pas amenée à évoluer positivement, hormis dans ma capacité à envisager le monde sous sa forme la plus nihiliste possible.

La seule transcendance que j’atteindrai jamais sera donc un point de vue nihiliste et pessimiste sans cesse croissant, tendant vers l’infini. Un nihilisme empli de cynisme et d’un gigantesque mépris pour mes pairs, en bon misanthrope que je suis.

Pourtant, je reste fasciné et en même temps très frustré de ne pas pouvoir trouver d’explication rationnelle à la quintessence (s’il y en a une) de la race humaine, à savoir la capacité à pouvoir exprimer des émotions, que ce soit par la parole ou par le langage corporel.

Qu’il est fascinant de constater cette infinie palette de dégradés émotionnels, agissant à la façon de peintures servant à façonner le gigantesque tableau qu’est la vie d’une personne, faisant que certaines aboutissent à de véritables chef-d’œuvre, universels ou non, et que d’autres ne parviennent même pas à passer le concours pour rentrer à l’école des Beaux-Arts, pour rester dans la métaphore.

Je suis rempli d’intérêt lorsque je vois le bonheur de celui qui réussit grâce à ses sacrifices, tout comme je suis lorsque je vois l’ennui qui vient s’emparer de ceux pour qui tout était déjà acquis dès la naissance.

Ma volonté de réponse est infinie, aussi bien lorsque je vois le sourire partagé d’un couple d’amoureux (du moins, en apparence) que lorsque je vois la souffrance cachée ou non de celui qui désespère d’être aimé alors qu’il sait pertinemment qu’il est conditionné à ne jamais l’être.

Bien évidemment, par mon mode de pensée ou peut-être simplement par pur sadisme, j’ai une petite préférence pour les sentiments négatifs. Je reconnais clairement avoir un faible pour les âmes blessées et/ou torturées, mais qui pourrait m’en vouloir ? Chacun a ses vices, même si j’en ai bien plus que les autres.

A force d’observer toutes ces personnes depuis l’ombre, une question s’est mise à germer dans mon esprit. Une question de plus pour occuper mes longues nuits d’insomnie.

Notre capacité à ressentir des émotions serait-elle la preuve que nous sommes vivants ?

Cette question, je me la suis posée pendant un certain temps, et bien que je n’ai pas réussi à fournir une réponse personnelle, j’ai réussi à cerner celle que certaines personnes que j’ai pu observer établissent.

Bien sur, si je ne me base que sur mes convictions nihilistes, et aussi sur mon incapacité à pouvoir ressentir certaines émotions que d’autres expérimentent chaque jour, ma réponse serait forcément négative. Mais en raisonnant d’un point de vue pessimiste, à défaut de raisonner uniquement par le néant, une possibilité a vu le jour.

Je pense très sincèrement que la majorité des émotions, si elles sont observées chez chacun, sont feintes une très grande partie du temps. Dans un monde qui pousse à la méfiance généralisée, à la course aux performances et autres aberrations, feindre une émotion est devenue un produit du quotidien. Un ou plusieurs masques que nous nous habituons à porter très jeunes, et que nous mettons chaque jour sans même nous en rendre compte.

Partant de ce point de vue, à quel moment commençons-nous à nous rendre compte que notre masque commence à prendre le pas sur notre vrai visage ? A partir de quel moment oublions-nous si nos émotions sont sincères ou non ? A partir de quel moment oublions-nous la notion de Soi ?

Pour avoir moi-même porté plusieurs masques, j’ai à un certain point oublié qui j’étais vraiment. A ne plus savoir si ce que je disais concordait réellement avec ce que je pensais au plus profond de moi. A me demander si mon identité originelle ne s’était pas égarée parmi les nombreux visages que j’avais engendré pour avancer. Tout simplement à ne plus savoir si ce que je ressentais était sincère ou non. Si j’étais bien en vie ou non.

Et soudain, une réponse m’est venue très simplement. A vrai dire, c’est précisément au moment où j’ai arrêté de chercher une solution que celle-ci s’est présentée tout naturellement à moi.

Penser que les émotions étaient la source de la vie était une erreur en soi. Elles ne sont que des réactions induites par un stimulus biochimique et environnemental. Elles sont le pinacle de l’abstraction humaine. Et bien que simulées beaucoup trop souvent dans notre monde, il y a toujours une partie même infime de sincérité dans leur expression.

Dès lors que cette sincérité est reconnue, elle peut devenir chez certaines personnes une source potentielle de vérité. Elle peut devenir une réalité plus forte que tout le reste, et une raison de vivre.

J’en suis arrivé à la conclusion suivante pour ces personnes-ci. Leurs émotions ne les rendent pas vivantes, elles les font se sentir vivantes. Et de là vient la base de tout leur être et de leur état d’esprit. De là vient leur capacité à se considérer comme étant en vie.

Et bien que mes convictions profondes refusent de considérer cette réponse comme étant ma vérité personnelle, cette réponse que j’ai pu observer et entendre de la bouche de ces personnes-ci est celle qui me parait la plus réaliste.

Est-ce là une forme de sagesse ? Une transcendance de l’esprit comme il en existe potentiellement des centaines, voire des milliers différentes ? Peut-être…

Mais elle ne me convient pas, et ne me conviendra jamais. Ce n’est pas la transcendance d’esprit que je recherche.

Voilà pourquoi je continuerais de chercher mes propres réponses.

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