Videtur inopinatus

Rédaction initiale de Videtur inopinatus le 22 Mai 2018

Après plusieurs mois sans texte suffisamment convaincant à mes yeux pour figurer au côté d’autres proses pessimistes, à défaut de petits bouts de pensées couchés sur papier à la volée et au bon-vouloir de mon inspiration, il est plus que temps de reprendre la plume afin de me laisser vagabonder de nouveau et essayer de tisser quelque chose du puits sans fond qui me sert d’esprit, afin de briser un peu cette catalepsie d’écriture dans laquelle je semble être tombé depuis quelques temps maintenant. Et quoi de mieux pour ce rituel tant chéri qu’une nuit d’insomnie supplémentaire ? Ô, nuit et insomnie, muses de tous mes possibles. Comme si ma marginalité et l’envie de ne pas faire comme mes contemporains m’avaient poussé involontairement à ne même pas vouloir aller chercher le repos que pourrait m’offrir la nuit, mais m’avaient au contraire poussé à être le plus actif possible, en tout cas spirituellement et intellectuellement parlant.

Et l’inspiration que m’offrent ces muses bien aimées aujourd’hui me fait me remémorer beaucoup de choses du passé. Comme des petits fragments de souvenirs qui percuteraient mon esprit l’espace de quelques fractions de secondes, afin de me rappeler l’homme que j’étais, celui que j’aurais voulu devenir, et celui que je suis finalement devenu, de gré ou de force.

La façon dont j’ai commencé à chercher quelque chose de sincère, la façon dont le nihilisme que j’adorais et adore encore aujourd’hui me submergeait au point que j’avais toutes les difficultés du monde à contrôler le côté auto-destructeur qui en découlait, ma volonté de contenir toutes mes émotions au sein d’un masque d’inexpression parfait, et la volonté que j’avais de montrer ce masque à qui voulait le voir. La certitude que la solitude et la haine de mes semblables me rendraient plus fort et capable de tout encaisser, et toutes les fois où mes espoirs, mes rêves et mes envies volèrent en éclats ou glissèrent tels des grains de sable entre mes doigts, m’enfoncant toujours un peu plus dans le pessimisme et l’aigreur.

Il est dans la nature humaine de chercher des objectifs, des buts à atteindre, quand bien même la vacuité de cette démarche est palpable. Même le nihiliste que je suis s’amuse de chercher des réponses que je pourrais faire miennes. Simplement pour que le temps s’écoule moins lentement.

Passée une certaine époque, la solitude que je chéris encore aujourd’hui était la seule compagne que je pouvais avoir, et il est vrai que ce masque d’inexpression que je m’étais fait un devoir de porter et de perfectionner toujours plus était le seul reflet de ma personnalité que je daignais bien montrer au monde.

En définitive, et dans ma quête perpétuelle d’authenticité, je crois que j’en étais arrivé à penser que porter continuellement ce masque (hormis en de très rares occasions) me rendait bien plus proche de la machine sans émotions que je souhaite peut-être devenir au plus profond de moi-même.

Mais ce n’est pas le cas. Les temps changent, et certaines choses sont venues bousculer un peu cette routine sombre qui s’était installée d’elle-même. Des rencontres se sont produites, des événements m’ont fait me donner tort, et tous ces petits bouts d’éléments m’ont permis d’en arriver à une vérité somme toute assez simple.

Je ne suis rien de plus ou de moins que n’importe quelle autre personne vivant sur cette terre. Un être humain tout ce qu’il y a de plus standard. Avec les forces et les faiblesses que cela implique, ainsi qu’une palette d’émotions commune à tous.

Et même si le misanthrope incurable que je suis a tendance à trouver cela tout ce qu’il y a de plus regrettable, je peux en tout cas affirmer que les quelques exceptions qui m’ont fait me donner tort au cours de ma vie sont sûrement la preuve la plus concrète que la quête que je m’étais donné pour objectif de conclure a été effectuée d’une certaine manière. Car la chaleur que je ressens lorsque je suis en présence d’une compagnie agréable, cette sensation de sécurité inconditionnelle lorsque je suis avec les personnes que j’appelle affectueusement mes âmes-sœurs, cette joie légèrement contenue lorsque je me rends à mon hobby et que j’y retrouve ces gens avec qui il y a tant à apprendre et à partager, et cette légère gêne teintée d’allégresse qui fait se serrer ma poitrine chaque fois que je croise le regard de la personne que mon cœur a choisi… Toutes ces petites choses et d’autres encore sont des preuves que l’authenticité que j’ai toujours cherché est bien présente dans ces moments-là. Car ce que je ressens est authentique, et pour la simple et bonne raison que ce que je perçois de la part de ces moments et de ces personnes l’est également.

Même si les gens ne changent pas fondamentalement, et surtout pas moi, je suis néanmoins heureux d’avoir réussi (après avoir mis un certain temps cela dit) à mener à bien cette quête. Et même si mon pessimisme me fait me dire (peut-être à tort) que cela ne durera peut-être pas le temps d’une vie, voire même sûrement pas pour certaines choses, au moins, ce sentiment d’accomplissement que j’ai n’est clairement pas désagréable. Je peux retourner affronter le monde, armé de ce nihilisme que j’ai réussi à faire mien et à utiliser comme une force, de ma solitude tant adorée, et de ces quelques gens qui m’ont fait réaliser qu’être humain n’était pas si horrible sur certains points bien précis, étant eux-mêmes terriblement et merveilleusement humains.

Même si rien n’a moins de sens que des choses aussi peu tangibles que les émotions, il est fou de constater à quel point elles peuvent relier les personnes entre elles de façon si concrète. Quelle merveilleuse contradiction ! Une contradiction typiquement humaine que je devrais détester, mais qui me fascine néanmoins tant elle pose de questions.

C’est peut-être une folie que de vouloir y chercher des réponses. Mais à défaut de comprendre comment cette contradiction fonctionne, je veux expérimenter jusqu’où elle peut emmener les gens.

Car c’est peut-être la chose la plus authentique que l’être humain est capable de produire.

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